Et si la question n’était pas de savoir ce que l’astrologie deviendra, mais plutôt de nous demander ce que nous voulons qu’elle soit ?
Recherche, éthique, nouvelles pratiques, réseaux sociaux, nouvelles technologies, Intelligence Artificielle…
Si une machine peut produire une interprétation astrologique, qu’est-ce qui restera de spécifiquement humain dans la pratique de l’astrologie ?
Car, au fond, que faisons-nous lorsque nous faisons de l’astrologie ? Cette discipline ne se résume pas à un ensemble de connaissances à transmettre (signes, maisons, planètes, aspects, techniques prévisionnelles…) qui, parce qu’accumulées, conduiraient à une meilleure interprétation : interpréter n’est pas uniquement savoir. Deux astrologues peuvent posséder les mêmes connaissances et pourtant ne pas voir la même chose dans un thème.
Pourquoi ? Parce qu’entre le symbole et son interprétation, il y a un être humain, son histoire, son contexte, ses questions, ce qu’il dit mais aussi ce qu’il ne dit pas. Il y a cette subtile relation qui se crée entre le consultant et l’astrologue. Il y a aussi cette part difficilement quantifiable qui fait qu’une configuration prend soudain un sens particulier dans une existence particulière.
Voilà peut-être ce qui se joue pour l’astrologie de demain : ne pas chercher à produire toujours plus d’interprétations, mais mieux comprendre ce qui fait qu’une interprétation astrologique prend sens.
Ah, cette fichue tentation de la certitude !
Combien d’entre nous sommes tentés de transformer une observation en vérité, une synchronicité en causalité, une hypothèse en certitude ? Nous gagnerions, et par voie de conséquence, l’Astrologie gagnerait peut-être à assumer ses zones de doute. Cela ferait probablement évoluer notre manière de parler de l’astrologie. Dire « cela signifie » n’est pas la même chose que dire « cela peut se manifester ainsi ». De même dire « il va vous arriver ceci » ne met pas le consultant dans la même position psychologique que « il est possible que vous soyez amené à vivre ceci… » ou « Parmi les possibles, cette période pourrait se traduire par … ».
Ces nuances ne sont pas anodines. Elles touchent directement à la manière dont nous exerçons notre métier. Car l’astrologue n’est pas seulement responsable de ce qu’il sait. Il s’engage aussi dans la manière dont il utilise ce qu’il croit savoir. Peut-être que le sens d’une astrologie de demain est moins de se préoccuper de donner des réponses que d’apprendre à formuler les bonnes questions.
Quid de la synchronicité ?
Nous avons souvent pensé l’astrologie en termes de causalité : les astres exerceraient une influence, produiraient des effets, provoqueraient même des évènements ou détermineraient certaines caractéristiques. Mais faut-il penser le lien entre les configurations célestes et les évènements terrestres sous l’angle de la relation de cause à effet ?
L’idée me semble être bien davantage d’envisager l’astrologie sous l’aspect de correspondances, de résonances, Ciel et Terre donneraient alors à voir deux niveaux d’une même réalité qui se répondent.
Et c’est là que la recherche prend tout son sens : faire de nouvelles hypothèses, observer ce qui se passe, confronter les résultats, documenter ce que nous constatons et accepter de mettre nos pratiques à l’épreuve. Chercher sans savoir à l’avance ce que l’on va trouver, voilà une astrologie pleine de vie !
Et l’IA dans tout ça ?
Paradoxalement, elle pourrait nous rendre service en nous obligeant à réaliser ce travail : en effet, si une IA demain est capable de produire en quelques secondes une interprétation correcte, bien écrite et extrêmement documentée, nous devrons forcément remettre en question notre rôle d’astrologue et plus particulièrement notre valeur ajoutée.
Nous devrons alors apporter ce qu’une machine ne peut pas remplacer : une présence, une écoute au-delà des mots, un dialogue, du discernement, la capacité à replacer une interprétation dans une histoire et dans un contexte précis. Et surtout, reconnaître qu’un symbole n’a pas forcément le même sens pour chacun.
L’astrologue, lui, aura encore le choix : celui de peser les mots qu’il emploie, les associations qu’il propose, pour ce consultant et dans cette situation précise. Laisser à la machine la simple restitution de connaissances pour nous obliger à développer davantage notre observation, notre écoute, nos questionnements et notre pensée critique. En somme, être plus libres d’interpréter parce que dégagés de la « simple » restitution des connaissances.
Quelle astrologie transmettre ?
Là est peut-être la vraie question. Plutôt que de décider aujourd’hui de ce à quoi ressemblera l’astrologie dans 30 ans, nous pouvons choisir ce que nous voulons transmettre. Une astrologie qui se remet en question sans renier son histoire, qui conserve ses traditions sans entrer dans le dogme, qui expérimente sans vouloir tout révolutionner, qui recherche en acceptant de s’être parfois trompée… Une astrologie qui accepte plusieurs courants et qui accueille la diversité des pratiques, sans prétendre qu’une seule serait la bonne.
Et surtout une astrologie qui ne demande pas seulement si cela fonctionne, mais aussi ce que cela produit chez celui qui reçoit cette interprétation.
Car pourquoi découvrir de nouvelles techniques ? N’est-il pas préférable de mieux utiliser celles que nous possédons déjà ? Peut-être même devrions-nous regarder autrement ce que nous croyons déjà avoir compris ?
Une astrologie vivante
Finalement, je pense que l’astrologie de demain ne doit ni s’accrocher au passé, ni courir désespérément après les innovations présentes et à venir.
Elle devra peut-être simplement apprendre à tenir ensemble ce qui pourrait sembler contradictoire : la tradition et le doute, l’expérience et la recherche, le symbole et l’observation, la technologie et l’humain.
Ne croyons pas avoir toutes les réponses. Continuons plutôt à questionner, à chercher, à observer. C’est peut-être ainsi que l’Astrologie restera vivante et continuera de s’enrichir.
Isabelle Genty, le 24 septembre 2026
Retrouvez cet article dans l’Astro-Gazette de la FDAF du mois d’octobre 2026 https://lesgazettesdesastrologues.fdaf.org/202610GazetteFDAF264.pdf
